Les COEX et Matrices Périnatales Fondamentales 

Toute reproduction interdite

 

Un COEX (ou system of COndensed EXperience) regroupe un ensemble de souvenirs, événements ou de fantasmes de différentes périodes de la vie d’un individu, organisés autour d’un même thème.

 

Ces systèmes fonctionnent comme des poupées russes, sur la base d’une première empreinte qui en est l’élément central, à très forte charge émotionnelle. 

A partir de l'immense matériel accumulé lors des psychothérapies psychédéliques auxquelles Stanislav Grof et son équipe ont participé, sont apparues des empreintes communes, des noyaux d'expérience de base, identifiables, partagés, malgré la diversité des individus.

 

Si cette empreinte est renforcée, réactivée par des événements de même nature thématique, le système va se construire par « couches successives » pour devenir une composante importante de la personnalité.

 

Lors d'un travail thérapeutique, un système COEX est généralement abordé par les couches les plus superficielles avant de pouvoir être réellement désactivé par l’expérience revécue concernant l’élément primordial.

Et dans ce cas, les symptômes éventuels qu’il a engendrés vont se dissoudre.

 

« Bon nombre des changements spectaculaires découlant des séances LSD à dominante psychodynamique peuvent s’expliquer par des interférences dans les réactions réciproques de constellations de souvenirs spécifiques, les systèmes d’expériences condensées (COEX systems).

Les observations de psychothérapies LSD indiquent que des événements de la vie émotionnellement importants sont enregistrés dans des « banques de mémoire » de telle manière qu’elles forment des groupes empiriques spécifiques. La structure dynamique de ces constellations est telle que des souvenirs appartenant à diverses périodes de la vie mais impliquant des éléments semblables ou ayant une charge émotionnelle proche sont stockés dans une même zone.

Selon la nature de la charge émotionnelle, nous pouvons distinguer des « systèmes COEX négatifs » reflétant des événements traumatisants spécifiques et des expériences désagréables et des « systèmes COEX positifs » impliquant les aspects agréables de la vie de l’individu ».

 

« Rencontre de l’homme avec la mort »

Stanislav Grof & Joan Halifax – Editions du Rocher

 

4 empreintes, 4 noyaux d’expérience de base, ont été identifiés sur lesquels viennent se fixer toutes les expériences de l’enfance et de l’âge adulte. C'est sur la base de ces 4 nœuds d’expérience originels que vont s'organiser tous les autres affects vécus par l'individu. Ces 4 empreintes correspondent à 4 étapes de la naissance, de l’unité avec la mère jusqu'à la libération.

C'est pourquoi ces 4 modèles ont été nommés Matrices Périnatales Fondamentales (M.P.F.).

Ces matrices hypothétiques ont un contenu émotionnel, psychosomatique et biographique spécifique. Mais elles se comportent comme des principes organisateurs des autres plans de l’inconscient. Elles sont en correspondance avec  des événements de la vie biographique de l’individu ainsi qu’avec des archétypes ou des images liées au royaume transpersonnel.

 

La M.P.F. 1 (ou Expérience d’unité cosmique)

Elle correspond à l’état originel de la vie intra-utérine où, dans des conditions normales, le fœtus est en symbiose avec sa mère.

« Lorsqu’aucune influence extérieure n’interfère, les conditions d’existence du fœtus sont idéales. Elles réunissent la protection, la sécurité et la satisfaction permanente et immédiate de tous ses besoins. Les constantes fondamentales de ce type d’expériences sont la transcendance de la dualité sujet-objet et celle du temps et de l’espace, une émotion positive exceptionnellement forte et ineffable (paix, tranquillité, sérénité, bonheur) ainsi que la riche certitude des réalités cosmiques et sacrées ».

« Rencontre de l’homme avec la mort »

Stanislav Grof & Joan Halifax – Editions du Rocher

Au niveau émotionnel, elle correspond à un état de paix, de sérénité, de sécurité, de béatitude et d’extase.

Elle se relie au niveau archétypal de paradis terrestre.

 

La M.PP.F. 2 (ou Expérience du « sans issue »)

Elle correspond à la première phase de l’accouchement, quand le travail commence, que les contractions se déclenchent et s’intensifient, alors que le col de l’utérus est encore fermé. Le monde idéal du fœtus bascule dans l’horreur.

« Les patients ont l’impression d’être en cage, pris au piège d’un univers carcéral ; ils ressentent d’incroyables tortures psychologiques ou physiques. La vie leur apparaît absolument dépourvue de sens. Le sujet est une victime qui subit une situation inévitable et définitive pour laquelle il n’existe aucune issue que ce soit dans le temps ou l’espace ».

« Rencontre de l’homme avec la mort »

Stanislav Grof & Joan Halifax – Editions du Rocher

Au niveau émotionnel, elle correspond à l’état de « sans issue », à l’angoisse, à l’absurde, au cauchemar, au non-sens, à la solitude, au désespoir, au néant comme seule réalité, au sentiment d’impuissance totale.

Elle se relie au niveau archétypal de la chute des anges et à l’enfer.

 

La M.P.F. 3 (ou Expérience du conflit mort - renaissance)

Elle correspond à la phase de passage pelvi-génital, quand le col est dilaté, que les pressions deviennent très fortes alors que le fœtus mène son combat pour la survie

« Ici, le sujet n’est plus impuissant face à une situation désespérée. Il a partie prenante et la conviction que sa souffrance tend vers un objectif défini. L’expérience « sans issue » implique une souffrance pure, celle du conflit mort/re-naissance marque le no man’s land entre agonie et extase avant leur fusion ».

« Rencontre de l’homme avec la mort »

Stanislav Grof & Joan Halifax – Editions du Rocher

Au niveau émotionnel, elle renvoie à toutes les situations où la vie de l’individu est mise en danger de façon violente, à l’agressivité, aux pulsions d’autodestruction, à la douleur physique intense.

Dans sa dimension symbolique elle évoque les sacrifices animaux et humains, aux cataclysmes et aux déchaînements de la nature.

 

La M.P.F. 4 (ou Expérience mort/re-naissance)

Elle correspond à la phase d’expulsion, la naissance. La douleur parvenue à son point culminant fait place au soulagement. C’est le renouveau après le cataclysme, l’arrivée dans la vie, avant que l’enfant ne soit accueilli dans le monde et débute son existence autonome.

« La lutte fait place à un soulagement et à un bien-être envahissants. On qualifie cette phase comme étant  la « mort de l’ego » : elle entraîne la destruction instantanée de tous les systèmes de référence antérieurs. Directement après avoir vécu ce phénomène d’annihilation totale, le patient est assailli par des visions de lumières froides et aveuglantes : simultanément, il est envahi par une sensation de décomposition et d’expansion. Il perçoit l’univers sous un jour nouveau et extatique.

L’expérience mort/re-naissance est perçue comme identique à la destruction biologique. Elle influence profondément la conception qu’un individu a de la mort. Les sujets émergent de telles séances persuadés d’avoir affronté la crise ultime et acquis une connaissance profonde de la mort ».

« Rencontre de l’homme avec la mort »

Stanislav Grof & Joan Halifax – Editions du Rocher

Au niveau émotionnel, elle renvoie à la libération, à la victoire après un combat titanesque,  au lâcher-prise, au bien-être, à la gratitude, à l’amour universel.

Au plan symbolique elle évoque le salut, la rédemption, les images archétypales du Christ en gloire, aux déités rayonnantes.

 

 

« Tous les patients ayant participé à des séances LSD finissaient immanquablement par transcender le cadre étroit de la psychothérapie pour s’engager spontanément dans des domaines empiriques, décrits depuis des millénaires par les différentes écoles de la tradition mystique, dans les mystères des temples et dans les rites de passages de nombreuses civilisations anciennes, et ce, dans le monde entier.

Le phénomène le plus courant, mais aussi le plus important, était ce sentiment de vivre des expériences de mort et de renaissance, suivi de sentiments d’unité cosmique. Cette rencontre profonde avec la mort était très complexe, elle faisait intervenir des dimensions biologiques, émotionnelles, intellectuelles, philosophiques et métaphysiques.

De telles expériences semblent bénéfiques aux patients relevant de la psychiatrie. On enregistra des améliorations spectaculaires de différents troubles psychopathologiques, suite à ce phénomène mort-renaissance et, en particulier, suite aux expériences d’unité avec l’univers.

Ceci suggère l’existence d’un mécanisme thérapeutique puissant encore inconnu de la psychiatrie et de la psychologie occidentale.

Ce mécanisme paraît de loin supérieur à tous ceux utilisés en psychothérapie conventionnelle».

« Rencontre de l’homme avec la mort »

Stanislav Grof & Joan Halifax – Editions du Rocher