RÉFLEXIONS sur la douleur et la mort

" Je ne peux pas prétendre que je n'ai pas peur. Mais mon sentiment dominant est un sentiment de gratitude. J'ai aimé et j'ai été aimé ; j'ai reçu beaucoup et j'ai donné quelque chose en retour. [...] Plus que tout, j'ai été un être sensible, un animal pensant, sur cette belle planète, ce qui a été en soi un énorme privilège et une aventure ".


Olivier Sacks, New York Times, 19 février 2015, peu de temps avant de mourir.

Cité par Laurence Folléa, Psychologies magazine, Octobre 2015


" Celui qui meurt avant de mourir ne meurt pas quand il meurt "

 

Stanislav Grof & Joan Halifax - « La rencontre de l’homme avec la mort »


La peur de la mort éprouvée par les êtres humains est généralement attribuée à notre conscience intellectuelle du processus de la vie.

Contrairement aux animaux, les hommes savent qu’ils sont mortels et que, tôt ou tard, ils auront à faire face à l’échéance de leur vie terrestre.

 

En réalité, les racines de cette peur sont encore plus profondes. L’étude des recherches psychédéliques mais aussi de l’histoire, des religions et de l’anthropologie semble indiquer que nous échafaudons tous des matrices fonctionnelles, dans nos esprits inconscients, qui contiennent une véritable rencontre avec la mort.

En activant ces structures mentales au moyen de drogues – ou de techniques ne faisant pas intervenir de drogues – on suscite une expérience spectaculaire de la mort, qui, en termes d’intensité, est comparable à la mort réelle.

 

Les êtres humains ont donc non seulement une connaissance intellectuelle de leur mort, mais encore possèdent-ils une connaissance subliminale de la sensation provoquée par la mort. Cette conscience, presque cellulaire, du processus de la mort semble être à l’origine de ce rejet, de cette négation des problèmes afférant à la mort.


Stanislav Grof & Joan Halifax - « La rencontre de l’homme avec la mort »



On dit volontiers que la conscience d’être mortel aide à vivre.

Dans les premières années de mon expérience de psychologue dans une unité de soins palliatifs, j’ai souvent entendu dire autour de moi que ce choix de venir travailler auprès des mourants avait quelque chose de morbide.

Loin d’être anxiogène et déprimant, cette présence au quotidien auprès de ceux qui vont mourir obligeait à un travail de conscience qui finalement comportait sa propre dynamique. Peu de gens le comprenaient.

En côtoyant les médecins et les soignants qui avaient fait ce choix d’affronter la mort plutôt que de la fuir, j’ai découvert que lorsqu’on ne se défend pas contre l’angoisse et l’impuissance, lorsqu’on accepte de les regarder en face, on peut les transformer.


On pourrait faire ici un rapprochement avec le « Memento mori » de la règle bénédictine. Le fait de côtoyer chaque jour la mort fait partie de ce que saint Benoît appelle « les outils du bien-agir ».

La conscience de la mort remet en question le sens de la vie, dans la mesure où elle éclaire différemment le désir : celui-ci n’est plus orienté seulement vers un but, mais vers un sens.


Marie de Hennezel - Mourir les yeux ouverts


Lorsque vous résistez à la colère ou à la haine, que s’est-il passé en fait ?

Vous avez construit un mur contre la haine, mais elle est encore là ; le mur ne fait que vous la cacher.

Ou encore, vous prenez la résolution de ne pas vous fâcher, mais cette décision fait partie de la colère, laquelle est attisée par votre résistance. Vous pouvez la voir en vous-même, si vous vous observez.

Lorsque vous résistez, dominez ou refoulez ou essayez de vous transcender – ce qui revient au même, car ce sont des actes de la volonté – vous épaississez le mur de la résistance, de sorte que vous devenez de plus en plus assujetti, borné, mesquin.

C’est en fonction de cette mesquinerie, de cette étroitesse de vue que vous voulez être libre et ce désir même est la réaction qui créera une autre opposition, une autre mesquinerie.

Ainsi nous allons d’une opposition à l’autre, en donnant parfois au mur de la résistance une différente coloration, une différente qualité, ou quelque appellation noble.

Mais la résistance est une sujétion et la sujétion est une douleur.


Jiddu Krishnamurti - La révolution du silence


La douleur est le signal d’une lésion et l’avertissement impérieux de repousser la cause de l’offense.

Elle est indispensable à la vie animale.

Celui que rien ne ferait souffrir ne vivrait pas longtemps : comme Pinocchio, le pantin, il oublierait ses pieds dans le feu.

Chez l’homme, la douleur trouve dans l’imagination une redoutable caisse de résonance, elle a bientôt fait de jeter la confusion dans le cœur et d’oblitérer a raison.

Elle donne lieu à des efforts contradictoires, à des réflexes avortés qui la redoublent. Si bien que l’exaspération de la douleur finit par paralyser cette défense qu’elle devait déclencher.

A partir de cet état de crise, la douleur épuise, ronge, empoisonne et par un cercle vicieux devient cause de douleur à l’infini.

La lutte contre la douleur est affaire de relaxation.

Certains fakirs parviennent à l’insensibilité locale ou totale par des exercices de relaxation. Tel ne doit pas être notre but, car la douleur a sa fonction vitale et aussi sa raison d’être dans l’économie du salut.

Il s’agit non d’éliminer, mais de dominer la douleur.

Dès que nous avons observé que plus de la moitié de nos douleurs sont de notre fabrication, nous obtenons un recul, un dégagement et la peine se réduit d’elle-même à des proportions naturelles.

Dès que nous avons constaté que la cause de la douleur ne peut être écartée, nous nous appliquons à la supporter au lieu de nous épuiser à la repousser ; il se produira aussitôt une détente qui rendra la douleur supportable.


Lanza del Vasto - Approche de la vie intérieure